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nn5n: scp-288-FR Une Pelle de Tranchée
SafeSCP-288-FR Une Pelle de TranchéeRate: 12
SCP-288-FR
288%20-%20Pelle

SCP-288-FR.

Objet #: SCP-288-FR

Niveau de Menace : Orange

Classe : Sûr

Procédures de Confinement Spéciales : En dehors des phases de tests, SCP-288-FR doit être conservé dans un coffre situé à un minimum d'un mètre au-dessus du niveau du sol, quelle que soit la nature de celui-ci. L'accès à SCP-288-FR doit faire l'objet d'une autorisation écrite signée par le Directeur des Recherches (actuellement le Chercheur Schreiber) et ne peut être accordé qu'aux membres du personnel de niveau 2 minimum.

En raison de l'état de dégradation actuel de SCP-288-FR, il est recommandé d'employer des outils non-anormaux pour pratiquer les tests de terrassement ou d'exploration.

Toute nouvelle exploration de la dimension DMU-022 doit être documentée. Toute modification majeure d'un secteur déjà exploré de DMU-022 doit faire l'objet d'un examen supplémentaire par la FIM Zeta-9 ("Rats-Taupes").

Description : SCP-288-FR est une pelle de tranchée rouillée au manche en bois, dont la date de fabrication remonte à la Première Guerre Mondiale.

Lorsque SCP-288-FR se trouve à moins d'un mètre du sol d'une pièce, quelle que soit la nature du sol en question, celui-ci est instantanément remplacé par un ou plusieurs des matériaux suivants :

  • n'importe quel type de sable,
  • n'importe quel type de terre, terreau, argile, limon, etc,
  • une quantité variable de graviers, rochers, etc,
  • une quantité variable d'eau.
288%20-%20Test-2

Salle de test affectée par SCP-288-FR lors du Test 288-001.

288%20-%20Test-1

Salle de test affectée par SCP-288-FR lors du Test 288-032.

Les sols ainsi générés par SCP-288-FR présentent des profils géologiques variés, de la dune au marécage, au relief et à la composition aléatoires. Dès que SCP-288-FR ne se trouve plus à moins d'un mètre du sol de la pièce, celle-ci retrouve cependant son aspect d'origine.

Toute personne tenant SCP-288-FR lorsque le sol d'une pièce est affecté par son effet principal ressentira un besoin compulsif d'utiliser SCP-288-FR pour creuser un trou dans le sol. Cette compulsion peut être atténuée si d'autres outils permettant de creuser sont disponibles dans la pièce. Le fait d'utiliser un autre outil que SCP-288-FR pour creuser le sol n'annule pas non plus les effets de SCP-288-FR.

Tout trou de plus de quatre (4) mètres de profondeur creusé dans le sol généré par SCP-288-FR débouche sur une galerie, une caverne ou une quelconque poche d'air appartenant à un complexe réseau de tunnels et de salles souterraines pouvant abriter des écosystèmes variés, bien que toujours de nature anormale. A ce jour, l'utilisation de SCP-288-FR et de ses propriétés est le seul moyen connu d'accéder à ce réseau, désigné dimension DMU-022.

SCP-288-FR a été découvert en 1959 au domicile de E██████ Lecerf, ancien combattant retraité habitant à ███████, France, suite à sa disparition inexpliquée. SCP-288-FR affectait le sol du salon, était planté au sommet d'un monticule de terre, à côté d'un trou bouché par l'éboulement d'une paroi, et était accompagné d'un message signé 'E.L.' disant simplement "Je les ai retrouvés. Ne m'attendez pas."

Addendum 1 : Rapports de Tests

L'ensemble de ces tests a été conduit au rythme d'un par mois de 2004 à 2006, soit quarante-cinq ans après sa découverte, SCP-288-FR n'ayant auparavant pas fait l'objet d'une attention particulière de la part des chercheurs en raison du fait qu'il avait été classé comme simple objet anormal. La classification actuelle de SCP-288-FR découle de cette série de tests.

Les tests redondants ou débouchant sur des lieux dénués d'intérêt pour l'étude de DMU-022 ont été omis. Notons que les boussoles ne fonctionnent pas à l'intérieur de DMU-022.

Tous les tests sur SCP-288-FR ont été pratiqués en salles de test C5 et C6 du Site Aleph. SCP-288-FR n'a été employé que pour modifier la nature du sol, et tout travail de terrassement a été effectué à l'aide d'outils standards approuvés par l'équipe de recherche.

Test 288-001
Date : 06/03/2004
Nature du Sol Généré : Sol de terre sombre de type humifère, couvert de rochers et traversé par une rivière. Celle-ci "coule" en dépit du fait qu'elle soit coupée par les murs de la salle de test.
Rapport d'Exploration : Un trou a été creusé dans le sol à l'aide d'un outil de forage. Après quatre mètres, celui-ci débouche sur une petite caverne contenant de gigantesques cristaux, similaires à ceux de la Grotte des Cristaux de la mine de Naïca au Mexique, excepté que ceux-ci sont de couleur irisée et variable.
Échantillons Collectés : Morceau de cristal (après analyse, il s'agissait d'opale).
Note 1 : Je n'arrive pas à croire que cette propriété de l'objet ne soit découverte qu'aussi longtemps après sa récupération. Les tests précédents avaient dû s'interrompre avant d'atteindre une profondeur suffisante. Demande de reclassification de l'objet anormal 1959-4191 en tant qu'objet SCP de classe Euclide, ainsi que de tests supplémentaires. - Chercheur Schreiber
Note 2 : Demandes acceptées. - Directeur ███████

288%20-%20Limace%20volante

Spécimen de mollusque ailé récolté lors du Test 288-006.

Test 288-006
Date : 06/08/2004
Nature du Sol Généré : Berge argileuse entourant un petit étang.
Rapport d'Exploration : Le trou débouche sur une vaste caverne aux murs presque entièrement recouverts de mousse bleutée bioluminescente. De nombreuses stalactites et stalagmites sont présentes et le taux d'humidité est très élevé. La majorité du sol est couvert par un lac souterrain, dont la surface est recouverte de plantes aquatiques blanches en forme de bulbes. Des animaux ailés bioluminescents évoquant des papillons mais appartenant clairement à la classe des mollusques sont présents en grande quantité dans la caverne. Ceux-ci mangent la mousse des murs, et sont de temps à autre capturés et digérés par le bulbe des plantes aquatiques.
Après environ trois heures d'exploration, un animal de deux mètres au corps noir et serpentiforme mais doté de quatre pattes et d'une tête évoquant davantage un félidé fut également repéré par l'équipe, et prit la fuite par une galerie adjacente. La taille de cet animal, suggérant la présence de créatures plus imposantes dans cette zone de DMU-022, a incité l'équipe à rebrousser chemin.
Échantillons Collectés : Mousse bioluminescente, eau, spécimen de mollusque ailé. Après examen, le mollusque est génétiquement proche de Flabellina Affinis, un nudibranche éolidien, ou limace de mer.
Notes : Aucune.

Test 288-008
Date : 06/10/2004
Nature du Sol Généré : Terrain accidenté couvert de pierres calcaires.
Rapport d'Exploration : Le trou débouche sur un tunnel calcaire où sont taillées les marches d'un escalier. Ces marches sont beaucoup plus petites que celles d'un escalier classique, suggérant une conception pensée pour une espèce de taille bien inférieure à celle d'un être humain moyen. Après une cinquantaine de mètres dans le sens de la descente, un éboulement bloque le passage. Après environ quatre-vingts mètres dans le sens de la montée, le tunnel débouche sur une caverne au sol sablonneux. Des centaines de pieux d'environ un mètre de long sont plantés dans le sol, supportant chacun un crâne en forme de croissant de lune, à la manière de la tête d'un fossile du genre éteint Diplocaulus, mais à la dentition évoquant davantage un mammifère qu'un amphibien. Chaque crâne est recouvert de peinture au phosphore blanc. Cinq tunnels partent de cette caverne, mais chacun est obstrué par un énorme rocher recouvert de pictogrammes indéchiffrables, si ce n'est un motif récurrent de croissant de lune évoquant la forme des crânes.
Échantillons Collectés : Sable, crâne. Le crâne s'est immédiatement changé en poussière d'os dès sa sortie de la caverne. Après examen, le sable s'avère être en réalité presque exclusivement composé de poussière d'os.
Notes : La caverne découverte lors de cette exploration se trouvait à l'équivalent de vingt mètres au-dessus du sol de la salle de test où le trou vers DMU-022 a été pratiqué. - Chercheur Schreiber

Test 288-019
Date : 06/09/2005
Nature du Sol Généré : Humus léger et spongieux, sentant fortement le champignon.
Rapport d'Exploration : Le trou débouche sur un vaste espace plongé dans l'obscurité, que les torches de l'équipe ne parviennent pas à illuminer. Une fusée éclairante y est jetée, sans plus de succès. Après utilisation d'un radar à ondes radio pour déterminer la taille de la caverne, le sol a été évalué à une distance de près de trente kilomètres, et la paroi la plus proche à une distance de cinquante kilomètres.
Échantillons Collectés : Aucun.
Notes : Il paraît désormais peu vraisemblable que DMU-022 se trouve sur Terre. - Chercheur Schreiber

288%20-%20Test-3

Point d'accès du Test 288-024.

Test 288-024
Date : 06/02/2006
Nature du Sol Généré : Sol limoneux quasiment plat, sec et craquelé.
Rapport d'Exploration : Le trou débouche sur un puits rocheux traversé par un pont de pierres éboulées. L'une des pierres comporte une courte inscription de quatre caractères inconnus, tracés à la peinture noire. La peinture utilisée semble absorber particulièrement bien la lumière. Une corniche en pente douce longe le puits. L'équipe d'exploration constate rapidement que la paroi opposée s'éloigne d'eux à mesure qu'ils longent la corniche, à tel point qu'il devient impossible de l'illuminer à l'aide des torches.
Après une heure de marche, un membre de l'équipe décide de jeter une puissante fusée éclairante dans le puits. Il s'avère que la paroi opposée se situe désormais à une distance évaluée à deux kilomètres, et que le fond du puits, situé à environ trois cents mètres, est entièrement occupé par les ruines d'une ville, aux bâtiments reliés entre eux par des ponts de pierre.
Échantillons Collectés : Aucun.
Notes : Les caractères utilisés près du point d'accès étant tout à fait différents des pictogrammes découverts lors du test 008, on peut supposer que plusieurs civilisations distinctes, voire plusieurs espèces intelligentes différentes, occupent (ou ont autrefois occupé) DMU-022. - Chercheur Schreiber

Test 288-029
Date : 06/07/2006
Nature du Sol Généré : Dunes de sable grisâtre, contenant des débris de coquillages.
Rapport d'Exploration : Le trou débouche au plafond d'une gigantesque cavité souterraine dont le sol est couvert par ce qui semble être un immense lac, où une puissante lumière se déplace. Entre le point d'accès et le lac se trouvent des dizaines de passerelles entrecroisées reliant des sortes de nids suspendus au plafond de la cavité. Sur les passerelles, de nombreuses créatures bipèdes au visage plat et au corps semble-t-il couvert de plumes primitives se déplacent, certaines portant des sacs ou des objets. Dès que l'équipe d'exploration est aperçue par les créatures, cependant, une alerte est donnée, et un mécanisme projetant de grandes quantités de terre et de sable est activé contre le point d'accès, le rebouchant en quelques secondes.
Une seconde tentative de forage a été effectuée, mais celle-ci ne rencontra plus que le même sable grisâtre composant le sol généré lors du test.
Échantillons Collectés : Aucun. Après analyse des images enregistrées par l'équipe d'exploration, il s'avère que la lumière provenant du lac était émise par ce qui semble être un animal aquatique mesurant plus de soixante mètres de long.
Notes : C'est le premier cas d'espèce intelligente vivante rencontrée dans DMU-022. Il est dommage que ce premier contact ait été ainsi écourté. - Chercheur Schreiber

Test 288-032
Date : 06/10/2006
Nature du Sol Généré : Cuvette de terre saturée d'eau, convergeant vers une mare de boue. Un drainage fut nécessaire afin d'y pratiquer un trou sans risque pour l'équipe d'exploration.
Rapport d'Exploration : Le trou débouche sur une galerie de terre étayée par de nombreuses poutres, à la manière d'une mine. Ces poutres semblent anciennes, mais solides. Au bout d'une trentaine de mètres, la galerie tourne et débouche sur une sorte de caverne aux parois terreuses, dont partent de très nombreuses autres galeries dont certains des accès sont fermés à l'aide de "portes", fabriquées en racines tressées à la manière d'un panier. De très nombreux troncs d'arbres traversent cette caverne verticalement, certains de part en part à la manière de colonnes, d'autres s'arrêtant au-dessus du niveau du sol et possédant de nombreuses racines aériennes. Plusieurs souches sont visibles, suggérant l'abattage de certains arbres. Des champignons lumineux poussent en énormes quantités sur les troncs et répandent une lueur verdâtre y compris lorsque les torches de l'équipe sont éteintes. Des terriers devant abriter des animaux de petite taille sont visibles de loin en loin.
L'équipe aperçoit bientôt un être humain d'une cinquantaine d'années, marchant avec précaution dans la "forêt" souterraine et relevant des collets où sont pris des lapins émettant la même bioluminescence verdâtre que les champignons. L'homme porte un uniforme militaire français typique du milieu de la Première Guerre Mondiale mais visiblement maintes fois rapiécé. L'homme semble très surpris, puis salue chaleureusement l'équipe d'exploration, déclare se nommer Marc Hirschfeld, et guide l'équipe à travers une galerie jusqu'à une caverne plus petite située au-dessus de la première, couverte de végétaux ainsi que du feuillage de certains des arbres aperçus précédemment, et comportant un campement en son centre.
Deux autres hommes se trouvent dans ce campement et sont en train de sculpter des morceaux de bois. Ceux-ci semblent avoir une quarantaine d'années, portent le même type d'uniforme rapiécé, déclarent se nommer Jean Lecarpentier et Arthur Brodier, et habiter dans cette zone de DMU-022 depuis de nombreuses années. Après une longue discussion, ils acceptent de quitter DMU-022 sans opposer de résistance afin de pouvoir répondre aux questions de l'équipe de recherche, à condition que le point d'accès du Test 288-032 soit gardé temporairement ouvert afin qu'ils puissent "rentrer chez eux" [sic] suite à l'entretien.
Échantillons Collectés : Champignon lumineux.
Notes : Voir rapport d'entretien.

Addendum 2 : Entretien

Suite au Test 288-032, un entretien a été organisé entre le Chercheur Schreiber et les Personnes d'Intérêt Arthur Brodier, Marc Hirschfeld et Jean Lecarpentier.

Interviewés : Arthur Brodier, Marc Hirschfeld et Jean Lecarpentier

Intervieweur : Chercheur Schreiber

Avant-propos : La coopération des trois interviewés a été assurée en leur garantissant qu'ils pourraient emprunter le point d'accès du Test 288-032 afin de regagner DMU-022 après cet entretien. Celui-ci fut précédé de plusieurs tests médicaux, ayant permis de constater que l'âge réel des interviewés était bien supérieur à celui suggéré par leur apparence extérieure et leur état de santé, et que leurs organismes contenaient un composé phosphorescent (au taux particulièrement élevé dans leur sang) également identifié dans l'échantillon de champignon récolté. A l'issue de l'interview, un émetteur a été placé près du point d'accès menant à la partie de DMU-022 habitée par les interviewés afin de pouvoir éventuellement les retrouver et les recontacter ultérieurement.


<Début du Rapport>

Chercheur Schreiber : Bonjour, messieurs. Veuillez vous asseoir.

Marc Hirschfeld : Bonjour.
Jean Lecarpentier : Bien aimable.
Arthur Brodier : [salue le chercheur de la main]

Chercheur Schreiber : Depuis combien de temps étiez-vous dans DMU-022, l'endroit où nous vous avons découverts ?

Jean Lecarpentier : Pour ça, faudrait déjà qu'on sache la date. Les médecins, ils ont pas voulu nous dire.

Chercheur Schreiber : Nous sommes le dix octobre.

Jean Lecarpentier : De quelle année ?

Chercheur Schreiber : [brève pause] 2006.

Arthur Brodier : [émet un long sifflement entre ses dents]
Marc Hirschfeld : Bah mince.
Jean Lecarpentier : [longue pause] Ça explique des choses. Ouais, euh, donc ça va faire un sacré bout de temps. On est là depuis… euh…
Marc Hirschfeld : Septembre 1916, Tijean.
Jean Lecarpentier : C'est ça. Alors ça fait quoi, quatre-vingt-dix ans. Mince.

Chercheur Schreiber : Comment êtes-vous arrivés dans cet endroit ?

Marc Hirschfeld : On se battait aux alentours d'Amiens depuis… fiouu… ça devait faire deux mois mais pour tous les gars encore vivants, ça ressemblait à l'éternité. Nous, on était des gars de Fayolle, du 35° corps. On avait déjà repris Fay et Estrées, et puis on venait de reprendre Soyécourt début septembre, quand les Boches nous ont forcés à nous enterrer encore un coup dans nos trous.
Arthur Brodier : [mime quelqu'un en train de creuser]

Chercheur Schreiber : [l'interrompant] Vous participiez à la Bataille de la Somme ?

Jean Lecarpentier : La "bataille" ? Ça ressemblait pas trop à ça de là où on était.
Marc Hirschfeld : La boucherie, ouais. Il paraît que les tommies2 ont perdu vingt mille gars rien que le premier jour de juillet. Arthur s'est fait envoyer valdinguer par un obus et depuis, il cause plus.
Arthur Brodier : [lève un doigt en fronçant les sourcils]
Marc Hirschfeld : Enfin, bon, il cause plus avec des mots, je veux dire.

Chercheur Schreiber : Revenons-en au sujet. Vous étiez donc dans les tranchées de la Somme.

Marc Hirschfeld : Euh. Donc, nous trois et deux autres copains, on nous envoie creuser. Pour résumer, on s'est pris une marmite. [pause, regarde l'expression du Chercheur Schreiber, puis reprend] Une enclume. Un obus, quoi. Et on a tous valdingué. Le "grand" Jean était mort, le petit [désigne Jean Lecarpentier] était sonné, et on n'était pas frais du tout. Et là, E██████ nous a dit qu'il avait entendu dire que les marmites tombaient jamais deux fois au même endroit, et qu'il fallait qu'on se planque tous dans le trou.

Chercheur Schreiber : [l'interrompant] E██████ Lecerf ?

Marc Hirschfeld : Lui-même. Bon. Donc on récupère nos pelles et on y va. Et là, on voit qu'au fond du trou, il y a un… ben… un autre trou.
Jean Lecarpentier : La marmite avait fait un trou super profond, et ça donnait sur une galerie, comme un énorme terrier. Alors on y est entrés. Ça continuait de tomber tout autour de nous et d'exploser comme une grêle de tous les diables, alors pour sortir de là, on aurait creusé jusqu'en enfer s'il le fallait. Et on a trouvé une forêt sous terre.
Marc Hirschfeld : Entre l'enfer sur terre et la forêt sous la terre, on a vite choisi, je vous assure. Enfin, sauf E██████. Il voulait pas déserter. Nous on lui a dit, on déserte pas, on est juste sous le Front, et on ressortira quand ça sera un peu calmé. Mais il a préféré rester, et il a rebouché le trou derrière nous pour pas qu'on se fasse prendre.
Jean Lecarpentier : Chez nous, on avait personne qui nous attendait, de toutes façons. Alors au final, on est restés là. Il y avait tout ce qu'il faut, et pour le reste, on avait notre barda.

Chercheur Schreiber : Avez-vous revu E██████ Lecerf ?

Jean Lecarpentier : Ouais. Des années plus tard. Il est arrivé un jour dans notre campement, en disant qu'il avait passé un temps fou à essayer de nous retrouver, avec ce qu'il appelait "sa pelle magique". Il avait ouvert plein de fenêtres vers "notre" monde en creusant avec, mais sans jamais nous trouver. Et le jour où il était enfin là, il était sacrément plus vieux que nous. Il avait même une canne. On lui a tout fait visiter. Il était tellement heureux.
Arthur Brodier : [touche sa joue]
Marc Hirschfeld : Ouais. Il pleurait, et il disait qu'il aurait dû nous suivre, à l'époque. Beaucoup trop de nos copains sont morts après qu'on soit partis, et ça le hantait. Il n'arrêtait pas de dire que tout était beau, dans ce monde sous la terre, et que depuis qu'il était ici, il pouvait enfin oublier.
Arthur Brodier : [regarde Marc Hirschfeld et imite une poignée de main]
Marc Hirschfeld : Ah, ouais, et il s'entendait très bien avec les Totos. Quand il est mort il y a quelques années et qu'on leur a annoncé, ils ont fait une grande cérémonie pour lui, très belle, avec de la musique.
Jean Lecarpentier : Pauvre vieux.
Marc Hirschfeld : D'après les Totos, c'est parce qu'il est arrivé plus tard que nous, et que la lumière qui est dans les champignons et les lapins, elle nous fait vivre très longtemps.

Chercheur Schreiber : Excusez-moi. Les "Totos" ?

Marc Hirschfeld : Oh. Vous les avez pas rencontrés ? Ils vivent là-dessous aussi. C'est Tijean qui les a appelé les Totos, je sais même plus pourquoi. On dirait de très gros papillons de nuit, mais qui vivent comme des gens. Ils parlent pas comme nous, mais ils ont des villages, et des écoles, et plein de choses. On leur échangeait des peaux de lapin contre des trucs qu'on pouvait pas fabriquer dans notre forêt à nous. Eux, leur caverne, c'est comme une grande vallée dans la terre, avec des pierres qui font de la lumière partout.
Jean Lecarpentier : Et il y a les Lézards, et les Bigors, et les Plumeux… faut bien qu'on leur donne des noms même si on parle pas leur langue.

Chercheur Schreiber : [brève pause] Il y a donc de nombreux autres peuples non-humains dans DMU-022. [pause plus longue] Vous avez exploré DMU-022 pendant près de quatre-vingt-dix ans. Pourriez-vous estimer la taille de cet endroit ?

Arthur Brodier : [écarte largement les bras et lève les yeux au ciel]
Jean Lecarpentier : C'est vraiment très, très grand. Trop grand. On peut pas dire. On a vu tellement d'endroits différents. Il y a même des océans.
Marc Hirschfeld : Je vais vous dire un truc. Arthur, il discute avec les Totos avec des dessins. Et un Toto lui a dessiné que leur caverne, enfin leur monde, comme tous les autres, est suspendu dans une infinité de terre. Ils ne savent pas ce qu'est le "ciel", même quand on essaie de leur expliquer. Moi je dis, là-bas, vous pourriez creuser jusqu'à la fin des temps, vous trouveriez rien que de la terre et de la roche.

Chercheur Schreiber : DMU-022 serait un univers entièrement souterrain ?

Marc Hirschfeld : Je suis pas savant comme vous. Tout ce qu'je dis, c'est que le curé qui nous disait que l'enfer était sous terre, il parlait sans savoir. Nous autres, on a bien vu que l'enfer était sur terre, pas ailleurs, et si vous permettez, j'aime autant pas y rester, et retourner à mes lapins qui brillent dans le noir.

<Fin du Rapport>


révision de page: 14, édité la dernière fois: 10 Sep 2017 15:13
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