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nn5n: scp-2718 Ce qui se passe après
UnknownSCP-2718 Ce qui se passe aprèsRate: 42
SCP-2718
Objet# : SCP-numerals.gif

Classe :

 Interruption catastrophique à D09E2AD9: INDICATEUR_INTROUVABLE
Procédures de Confinement Spéciales : SCP-numerals.gif est un agent cognitif de classe DAMMERUNG. Aucun membre du personnel, peu importe leur niveau d'accréditation, n'est autorisé à s'exposer à la Description de cet article, sous aucun prétexte. Ne modifiez pas cet avertissement sans une accréditation DAMMERUNG. Ne discutez pas l'existence de cet article avec quelque personne que ce soit. Aucune action disciplinaire ne sera nécessaire si vous fermez cet article immédiatement et nettoyez le cache de votre navigateur.

Des mesures logicielles atypiques ont été utilisées pour limiter le risque d'exposition accidentel. Ce ne peut être que par l'occurrence malheureuse d'un événement d'extrêmement basse probabilité que vous avez seulement ouvert cette entrée. Aucune mesure disciplinaire ne sera nécessaire si vous fermez cet article immédiatement et nettoyez le cache de votre navigateur.

Depuis sa création, seule la section des Procédures de Confinement Spéciales de ce rapport a été éditée. À cause de l'accréditation de l'auteur original du fichier et des limitations anormales effectives de la base de données, ce rapport ne peut ni être détruit ni être censuré. Les restrictions d'accès ne peuvent pas être appliquées à cette information de façon sûre.

Bien sûr, des restrictions d'accès peuvent toujours être imposées. Il est dorénavant trop tard pour fermer cet article. Ne discutez pas de l'existence de cet article avec quelque personne que ce soit. Signalez au Bureau d'Information que votre poste de travail a été contaminé par un agent de classe DAMMERUNG. Éteignez votre moniteur et demandez immédiatement un traitement amnésique.

Les conditions suivantes constituent une brèche de confinement :

  • Exposition à n'importe quelle partie de la Description, même brève ;
  • Ne pas parvenir à fermer cet article dans les 18 secondes d'exposition sans accréditation.

Instruction aux Agents. La brèche à laquelle vous êtes en train de répondre a déjà été, en grande partie, contenue par un système automatisé et le confinement sera complet quand vous redémarrerez ce terminal. Cependant, vos ordres sont d'essayer d'améliorer par n'importe quel moyen les procédures de confinement actuelles, dans le temps qui vous est imparti. Vous avez obtenu temporairement un accès réseau de type Administrateur à partir de ce terminal. Utilisez toutes les ressources que vous jugerez nécessaires pour remplir votre mission, mais NE VOUS EXPOSEZ PAS à l'agent cognitif dans la Description. Les détails techniques suivants vous aideront dans votre tâche.

Comme cela a été précédemment signalé, cet article ne répond pas à la commande Supprimer. Il ne peut pas être retiré des bases de données sans provoquer collatéralement une corruption à grande échelle d'autres systèmes critiques. Au lieu de cela, la stratégie de confinement est de minimiser la probabilité qu'un utilisateur découvre cette entrée par hasard. À cette fin, un processus de l'ordinateur central qui ne peut pas être arrêté (ID 9000013) échange de façon répétée la désignation ordinale de ce rapport avec celle d'une autre entrée prise au hasard. Normalement, quand deux numéros de rapports sont échangés pour des questions administratives, les deux entrées disparaissent momentanément de l'index. Une vulnérabilité du kernel du processeur Erratum 23 nous permet de retarder l'accomplissement de cette sous-routine en utilisant un algorithme intentionnellement contre-performant (actuellement Tri à bulles Tri de Stooge Tri stupide) pour traiter la renumérotation du rapport récursivement avec une pile de données que nous savons être corrompues dans la mémoire étendue jusqu'à ce que le fil d'exécution s'interrompe en catastrophe. L'échange de variables dans l'index s'effectue et le processus redémarre. Cette méthode ajoute un délai de l'ordre de 1017 cycles d'horloge entre les apparitions, quand un lien vers ce rapport devient momentanément visible et accessible depuis l'index des articles, avant que le processus ne se répète.

Une brèche n'arrivera que dans l'improbable éventualité où un utilisateur avec les privilèges d'index charge la liste principale à ce moment très précis et, malgré une diffusion de l'information fondée sur le besoin d'en connaître uniquement, suit le lien vers cette entrée, ignore les avertissements et lit au-delà du premier paragraphe. Les intervalles entre les apparitions sont indéterminés mais finis. En moyenne, l'intervalle augmentera (de l'ordre de O(n2)) en même temps que le nombre d'articles disponibles, mais se réduira quand les flop/s1 des processeurs échangeables à chaud de l'ordinateur principal augmenteront.

Ce bidouillage a un effet secondaire extrêmement grave : le rapport SCP sélectionné au hasard pour l'échange disparaît aussi de la liste pour la même période de temps, jusqu'à ce qu'il réapparaisse avec un nouvel indicateur. Alors que les O5 ont considéré cet effet préjudiciable comme une conséquence acceptable du confinement, vous recevez l'ordre de ne pas le vérifier par la chaîne de commandement, puisqu'aucune autre personne vivante n'est actuellement conscience que cet article, ce processus ou cette autorisation existe. Si une validation est nécessaire, une autorisation intégrée de cet ordre par un O5 vous est fournie ci-dessous.

BEGIN AUTHORIZATION KEY BLOCK-----

Version: 12.1.0.007 

PfzeFwCACRTLzPK/K2T7y9jza9AVPav7nnbcvsasyQmMOQNEWakarE5+lank7U

4LdnKWES8aEiIr2erHU0EH4NrNKKijYQl9cXJr/Gr8wCCwwsQr5d7ahNSbAe/qjV

VX/Y7QnYZx+BiTAT7EpH3yAgq/BoL9zvwg0xPDZvLhGONk6erva5FwC1PTZMH

hJRiAa0RVRTziZaVC5i8JlFVtGm5d63NU3mKC5lKilEYGHA4MBHZRWLNOrSt94u

c93gyYoh10ycrhBt1bzQgWBd5sdPa7PRi+vJxChjNnyosbzR7TSQlgoqZM5NWoQ

dKSmCVdilkDOBMmT+=vYhx

END AUTHORIZATION KEY BLOCK-----

Vous risquez une exécution sommaire par agent mémétique de classe Trinitite si vous allez au-delà de ce point.

killsprite.gif
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Description :
[DÉBUT DE L'ENREGISTREMENT]

<quelqu'un tapote sur le microphone> <un siège est traîné au sol>

Voilà pour vous, Madame. Ce logiciel d'interprétation est une technologie un peu nouvelle, mais ça vous permet d'éviter l'usage du clavier pour la création de l'article. Vous n'avez qu'à parler naturellement dans le microphone. On peut retourner en arrière et corriger d'éventuelles erreurs une fois que vous aurez fini.

Je ne pense pas, jeune homme : nous n'aurons pas le temps. Il faut que cet enregistrement soit permanent et d'accès restreint aux L3 minimum. Vous pouvez faire en sorte que personne ne puisse trafiquer cette entrée par la suite ?

Euh… personne, Madame ?

Personne, oui. Personne. Vous m'avez bien comprise. S'il ne doit rester qu'un seul article dans cette base de données, vaudrait mieux que ça soit lui !

Hé bien… Je n'ai pas assez d'ancienneté pour décider de la méthode appropriée pour faire ça. Peut-être que si nous demandions à Gephart…

Je veux que ce soit vous qui preniez cette décision et l'exécutiez. J'ai foi en vos compétences. Nous ne pouvons pas différer plus longtemps.

D'accord, OK. Hum… Il y a un mécanisme dont je pourrais tirer profit. C'est conçu à l'origine pour protéger les données d'une corruption anormale, mais ça aura l'effet que vous voulez. Si vous êtes sûre, Madame, je pourrais programmer cette section pour n'être scriptible qu'une seule fois, et l'injecter dans l'exécution de la base de données. Cela dit, ça signifie qu'aucune correction ne sera possible. Si vous vous trompez, il ne vous restera plus qu'à clarifier et reprendre.

Très bien, faites cela. Heureusement, je suis une dictatrice de classe mondiale.

Pour le niveau de sécurité que vous avez à l'esprit, Madame, il va me falloir emprunter votre indicateur d'accréditation. Merci. Un instant, s'il vous plaît.

 <bruits de clavier>

Voilà. C'est fait.

Vous avez été d'une grande aide. Ce sera tout. Pour votre propre sécurité, je vous ordonne d'aller vous faire traiter aux amnésiques dès que possible, suffisamment pour oublier toute cette matinée. Est-ce que vous avez compris ?

Oui, euh, Madame.

Bien. Vous subirez très probablement un interrogatoire avancé dans un jour ou deux. Ça ira mieux pour vous si vous n'avez aucun souvenir de tout ça.

Oh ! Oh, seigneur…

En gage de ma gratitude et en récompense pour votre loyauté, pourquoi ne garderiez-vous pas cette accréditation ? Je ne vais plus en avoir besoin. Et si vous ne traînez pas, je pense que vous trouverez le moyen d'en faire bon usage avant que les droits soient révoqués et vous mis en détention.

O-oui, M-Madame.

Partez, maintenant. Je devine que vous avez une belle carrière devant vous. Mais c'est la dernière fois que nous nous parlons.

Merci, Madame. Au revoir.

 <la porte s'ouvre> <la porte se ferme>

<un long soupir>

Mon nom est Miriam Prayther. J'ai été O5-7 pendant soixante-dix-sept ans.

Je vais le rester pour peut-être sept minutes supplémentaires, et ce n'est pas assez de temps pour concevoir des Procédures de Confinement Spéciales adéquates. Je vous en laisse donc la charge.

Au long de mon mandat, j'ai vu de mes yeux dix-neuf méthodes anormales distinctes pour rendre la vie. Les instruments et entités qui en sont capables prennent des formes incroyablement différentes, mais quand nous regardons au-delà de la science, de la magie, du tape-à-l'œil, nous distinguons fondamentalement deux catégories de techniques différentes, vastes mais basiques. La première est la réplication, où l'on produit un clone, un simulacre ou autre copie de l'esprit et du corps du sujet à un moment donné de sa vie. La deuxième catégorie est temporelle. Avec cette méthode, les trajectoires spatiotemporelles des particules constituantes du sujet sont inversées, et les événements littéralement défaits, jusqu'à ce que le sujet soit rendu à un état fonctionnel.

Ces deux méthodes ont un point commun capital : les individus rendus à la vie n'ont aucune expérience ni aucun souvenir de la mort. Pour le dire autrement, en dépit des 2,4 millions d'années de spéculation des hominidés, la Fondation n'a enregistré aucun témoignage fiable de première main de ce qui nous arrive après la mort.

Nous avons d'autres sources d'information, bien sûr. Mais à la lumière des récents événements, je crois que les SCPs que nous avons interrogé à ce sujet au fil des ans sont coupables soit d'ignorance, soit de duperie.

Car, voyez-vous, nous avons réussi à faire une exception.

Il y a six mois, nous avons ressuscité Roger Sheldon, anciennement O5-11, à l'aide d'une procédure inédite. Les bases de travail théoriques existent depuis quelque temps mais pour tout un tas de raisons (la complexité du procédé, les compétences techniques requises, les risques systémiques, sans parler de son coût énorme !), seul un besoin des plus critiques pouvait justifier toute tentative.

Roger, à soixante-treize ans, était le plus jeune des Superviseurs quand il est mort. Il avait deux habitudes bien particulières pour un O5, que nous autres ne tolérions que marginalement à l'époque, mais que nous avons interdites maintenant. La première était son refus forcené de se fortifier — c'est ainsi que nous appelions les traitements d'augmentation de longévité — avec les suppléments que nous autres pouvons bien nous procurer de par notre statut. La deuxième était une habitude à prendre ses vacances sans préavis et dans la plus complète solitude. Quand il a eu cette attaque, il y a dix-huit ans, il était perché sur un promontoire rocheux au-dessus des terres de nidation des iguanes marins sur l'île Española.

Retrouver son cadavre a pris quatorze ans et nous n'aurions pas poussé les recherches pendant si longtemps, sinon pour ces deux raisons : il gardait sur lui une clef bien particulière de laquelle je ne dirai rien de plus, sinon qu'elle ne pouvait pas rester perdue dans la nature, et il détenait dans son cerveau même un mot secret sans lequel nous ne pouvions pas le remplacer.

Les pluies des Galapagos et le fort soleil, les unes après l'autre — et peut-être les faucons aussi — l'avaient réduit à quelques restes pourrissants de fragments d'os et à un dernier tendon, le plus résistant de tous. L'équipe de récupération a utilisé sacs et balais pour récupérer tout ce qui restait de lui. L'artefact a été récupéré, à notre plus grand soulagement, mais il nous restait toujours cette tâche décourageante : extraire son schibboleth. Parce qu'il restait si peu du matériel originel, aucune des méthodes de récupération éprouvées par le temps n'était réalisable.

Cela me désole de le dire, mais il y a peu de chances que la moindre archive de notre méthodologie survive à la purge imminente. Je vais me contenter de dire qu'après avoir rassemblé ses restes, nous avons voulu reconstruire de lui une approximation quantique — physique, chimique, électrique — avec suffisamment de précision pour que son cœur recommence à battre, que ses synapses s'allument et que sa bouche parle, même brièvement.

Puisque nous n'avions besoin que d'une information minuscule, notre plus grand espoir était qu'il survivrait assez longtemps pour nous le fournir et mourrait de nouveau. Cependant, comme cela arrive très souvent, nous nous sommes surpassés. Et les sujets du Roi, et ses chevaux, purent en effet recoller les morceaux.2

Roger a été parfaitement réanimé. Il a émergé de son… cocon, l'air un peu plus jeune et en meilleure santé que dans les derniers souvenirs que j'avais de lui. Pendant quelque temps, il n'a pas pu s'empêcher de sangloter et ne répondait à aucun stimulus, mais après à peu près une demi-heure, il s'est détendu et son expression est devenue soudain parfaitement sereine, puis il a prononcé deux mots inintelligibles mais exprimant une joie manifeste. Nous l'avons promptement interrogé, mais il a répondu à nos questions avec candeur, enthousiasme et même un soulagement évident. On l'a gardé en quarantaine dans une unité de confinement pendant trente jours. Il n'a pas objecté et nous a donné sa coopération complète. Il s'est comporté comme n'importe lequel d'entre nous l'aurait fait compte tenu des circonstances et, finalement, après une brève session de débat, nous lui avons unanimement rendu son poste. C'était nous qui l'avions reconstruit, après tout, et est-ce que chacun d'entre nous n'attendrait pas la même chose ? Il a récompensé notre hubris en reprenant ses devoirs avec une vigueur renouvelée, faisant sans cesse montre d'une clairvoyance et d'une sagesse plus grandes que jamais.

Nous avons notamment considéré comme bienvenus certains changements dans ses habitudes. Dès que nous lui avons permis, il a pris un traitement de fortification pour la première fois. Il s'est entouré d'une considérable équipe médicale et de gardes du corps qui n'étaient jamais bien loin de lui. Auparavant, l'empathie pour ses congénères humains n'avait jamais été son point fort, et pourtant, il manifestait soudain un intérêt nouveau pour la sécurité de nos protocoles de confinement, les prestations de soin de santé pour les employés de la Fondation et un dégoût profond pour le sacrifice de Classe-D. Compte tenu des circonstances, rien de tout cela ne nous a frappé comme étant un comportement particulièrement alarmant.

Mais ça aurait dû.

Il nous avait caché à tous le cœur du problème, vous voyez ? Au début. Évidemment, lors du premier interrogatoire, nous lui avons demandé s'il avait gardé souvenir de son expérience de son existence après la mort. Il nous a assuré qu'il ne se souvenait de rien — exactement ce que tout le monde dit à chaque fois — et a complètement trompé nos polygraphes.

 <on l'entend boire>

Il m'a approchée en premier, il y a deux mois environ. Il a demandé si, pendant son absence, on avait obtenu une pièce — ce qui, je ne devrais pas avoir à le faire remarquer, n'est pas une de nos expressions usuelles — capable de maintenir en vie indéfiniment.

Alors qu'une incroyable longévité est désormais à notre portée, vous serez peut-être surpris d'apprendre que l'immortalité ne l'est pas. Et nos meilleurs théoriciens ont récemment postulé qu'elle ne sera jamais accessible. Les résurrections sont de l'ordre du possible, même la sienne, mais ne peuvent pas être répétées plus d'une ou deux fois. La vie sapiente est nécessairement liée à une incertitude quantique. Localisez une particule avec une précision parfaite et elle atteint une vitesse infiniment incertaine, perdue en un instant. De la même manière, plus une conscience est liée à une enveloppe spécifique longtemps et étroitement, plus les chances que le tout se disperse irrémédiablement de lui-même sont élevées. Indépendamment de la science, de la magie et du tape-à-l'œil, vous, vos enfants et vos arrière-arrière-arrière-petits-enfants, sans aucun doute possible, mourrez un jour et resterez morts. Sa déception à l'écoute du théorème était palpable et j'ai eu un instant de malaise à la vue de sa réaction.

Même pas une semaine après, O5-2 reçoit la nouvelle d'une brèche protocolaire critique. Roger, ou plutôt O5-11, avait initié un contact direct avec une EPA en confinement. Pour vous, les L3, les skips EPA sont les Entités Pluripotentes (catégorie) Apex. Vous pouvez comprendre l'euphémisme de vous-même, j'en suis sûre.

Nous n'avons pas consigné notre enquête initiale. Il avait été intelligent, avait bien couvert ses traces — il n'y avait pas eu d'alarme, aucun enregistrement de la rencontre dans aucun journal — mais l'un des gardes assignés au skip avait échoué un test amnésique aléatoire — à son grand désarroi — et c'était là une piste suffisante sur laquelle lancer nos limiers.

Nous ne pouvions rien prouver, mais on se doutait qu'il s'était exposé au skip pour lui proposer une sorte d'accord. Nous ne pouvons pas le permettre. En tant que deux de ses plus anciens camarades, O5-2 et moi-même l'avons confronté aujourd'hui, en privé. Mais il nous a pris par surprise, car il a tout avoué et nous a suppliés de l'aider. J'ai subrepticement enregistré sa requête par précaution, et le plus facile reste de vous le faire écouter maintenant.

 <un instrument clique>

« Je n'ai pas osé en parler avant. Vous ne m'auriez jamais laissé sortir de confinement. La vérité, c'est que j'ai été conscient de tout. Je suppose qu'il y a eu un doux oubli, comme un profond sommeil, au début. Mais maintenant, je pense que ça n'a pas duré plus d'un jour. Lentement, mais sûrement, je suis retourné occuper mon corps avec ma conscience comme dans un rêve : engourdi pendant les premières heures, les plus clémentes, j'étais aveugle, sourd et immobile. Mais ensuite, il m'a semblé me reconnecter à chacun de mes nerfs et je suis devenu conscient de chaque sensation, bien plus que jamais je ne l'ai été de mon vivant. Je me percevais moi-même piégé dans un objet immobile et l'intensité de la lutte s'est amplifiée : subtile, puis aiguë, puis torturante… Je ne peux pas le décrire complètement, mais imaginez-vous retenir votre respiration au-delà de la démangeaison, au-delà de la douleur, au-delà du désespoir — votre sang palpitant aux tempes et les yeux exorbités —, un rêve de suffocation sans fin.

« Ma peau s'est couverte de cloques et fendue sous le soleil. Les insectes piquants sont descendus rapidement. J'ai senti les œufs éclore, les larves ramper, les gaz s'accumuler et exploser en moi, chaque cellule éclater, les fluides intestinaux tourner et noircir. Je ne sais pas comment, ma capacité à éprouver et retenir ces sensations a augmenté — même alors que j'étais douloureusement conscient que mon cerveau était détruit et dévoré, ma perception s'est étendue jusque dans les gésiers des oiseaux et les profondeurs des fourmilières des fourmis de feu. J'étais conscient de chaque ongle, de chaque brin de cheveu emporté par le vent — et ma sensibilité s'accrochait à eux alors qu'ils arrêtaient leur course dans l'océan et se dissolvaient aux grives d'un billion de diatomées.

« Je ne comprends pas. Plus il y avait de morceaux de moi dispersés, plus ma capacité à percevoir la douleur était grande. Alors que je me désagrégeais en morceaux plus petits qu'aucun nerf vivant ne pourrait distinguer, le caractère de mon inconfort a changé… de cette brûlure, douleur et brisure que je pourrais vous évoquer en des termes humains… en quelque chose de pire que je ne peux pas véritablement exprimer : horriblement, dans un étirement à rendre fou, chaque partie de moi s'éloignait de toutes les autres… Ces hommes qui souffrent de douleurs chroniques, souvent, finissent par y être un peu plus sourds, n'est-ce pas ? Et pourtant, avec chaque année, chaque mois et chaque seconde qui passaient, je jure que ça n'a fait que s'intensifier.

« Au cours de ma vie précédente, j'ai ruminé sur le Paradis et l'Enfer, les chances que j'aurais d'aller vers l'un, vers l'autre ou quelque part entre les deux. Aussi terribles que j'aie pu imaginer la torpeur du Paradis ou les tourments de l'Enfer, c'était tout à fait différent de l'un comme de l'autre… En Enfer, au moins, il y aurait sans doute eu un tourmenteur, un souvenir de mes actions, une impression de justice aussi mince soit-elle, même si mon âme aurait refusé sa logique… Je peux imaginer un certain confort en Enfer, pour un esprit comme le mien.

« Je ne crois pas que c'est une punition. Je ne crois pas qu'il y ait une cause. Je pense fermement que ce n'est que notre condition, notre nature de finir de cette manière, vous comprenez ? Tout ce temps, j'étais assurément, absolument, totalement seul et bien vite, tout souvenir de la vie s'est racorni et a fini en cendres, profondément enfoui son mon angoisse infinie. Maintenant que je suis à nouveau vivant, je pense que je ne me souviens pas clairement du pire… comme si mon cerveau n'était pas assez grand pour contenir l'expérience.

« En tant que Superviseurs, nous voyons, infligeons et subissons de terribles douleurs. Mais ce qui nous attend tous est pire, comme une rage de dents est pire qu'une piqûre d'abeille, comme la gelure est pire que la brûlure. J'ai été mort pendant dix-huit ans et mon malheur dépasse toute description. Oserions-nous nous essayer à imaginer l'agonie collective des légions de morts qui nous précèdent ?

« Croyez-moi : je ne retournerai pas à cet état d'existence exécrable. Ni dans cent ans, ni jamais. Oui, j'ai contacté Ahriman pour lui demander son aide. Je suis sûr qu'il peut l'étendre à nous tous, s'il le souhaite. Je lui ai offert de grandes concessions de la part de la Fondation, peut-être même sa liberté. Mais il a rigolé et refusé. Mais je… je pense à d'autres qui seraient prêts à négocier à moins grande échelle, bien que le prix risque d'être aussi… Non. Ça n'a pas de prix. N'importe quoi est préférable, du moment que c'est pour toujours.

« Vous me croyez ? Est-ce que vous allez me rejoindre pour qu'ensemble, on échappe à notre destin ? S'il vous plaît. »

 <un instrument clique>

Nous étions sidérés. Et soudainement : empathiques. Et un instant plus tard : terrifiés. Je ne parviens pas à me rappeler la dernière fois que j’ai senti mon cœur battre si vite.

Mais nous n’opérons pas dans le vide. Une révélation de cette importance devait être portée au jugement du Conseil. Il répugnait à révéler sa duperie face aux membres du Conseil rassemblés, mais en même temps il avait désespérément besoin que des actions soient prises. Nous l’avons convaincu de demander immédiatement une session extraordinaire en téléconférence. Je savais que faire moins que ça serait de la trahison. Malgré tout, alors que nous trois nous rendions rapidement dans la salle de conférence alpha, je me suis surprise à tourner et retourner ces pensées de…

 <s'éclaircit la gorge>

Et il a donc de nouveau énoncé son témoignage, presque aussi franchement et richement décrit que la première fois. Mais le débat qui a suivi ? Je n'avais jamais rien vu de tel auparavant.

Les premières paroles prononcées ont été principalement sceptiques : calmes, inquiètes et pensives. Mais O5-8, qui avait pâli et pâli tout au long de son récit, s'est faite farouche partisane pour l'action.

« On doit déclarer la mort humaine SCP. Keter, a-t-elle exigé, et la confiner à tout prix. »

Cette absurdité a provoqué une levée de boucliers, bien sûr. Mais Roger s'était trouvé une alliée fiable et ça l'a encouragé, reprenant pour les autres le récit de son incessante torture à grands cris, y ajoutant des détails encore plus sombres. Toute une description que je ne répéterai pas. Des sensations que je ne dois pas me figurer…

 <brève quinte de toux>

Je me sens un peu… étourdie.

O5-2, toujours très pondéré, a suggéré que nous nous calmions et qu'on reprenne nos esprits, mais -3 a soudain proposé qu'on ordonne l'exécution systématique immédiate de tous les skips dangereux, pour mieux nous protéger, nous et d'autres. O5-6 l'a soutenu mais avant que la mesure ait pu être soumise au vote, -13 s'est soudain agrippé la poitrine dans une crise de panique paroxystique et son aide médicale l'auscultait quand la connexion a été brusquement coupée. Alors que le tumulte menaçait d'exploser, c'est -10, je crois, qui a été convaincu ensuite. Oh ! Ce serait la croyance, la clef ? Je…

Je…

Ça…

…n'a plus d'importance.

 <respiration bruyante>

En tout cas, -10 a commencé à taper sur la table avec sa chaussure et à beugler qu'on devait creuser un canal de la source Astrakhan à la mer Méditerranée pour fortifier toute l'humanité.

C'en était assez. Soudain, O5-1 nous a coupé le son à tous et s'est levé, le visage rouge et tremblant.

« Quoi qu'il en soit de la véracité de l'expérience d'O5-11, a-t-elle dit, il est clair que nous avons tous perdu la raison. Il n'y a qu'une seule explication possible à ça. C'est pourquoi je déclare la mise en action du Protocole d'Urgence 17. Restez tous où vous êtes, nous allons tous prendre des amnésiques de classe A. Sauf vous, Roger. Nous avons commis une grave erreur en vous sortant de confinement, une erreur que nous allons corriger. »

Elle a fait signe à son assistant administratif de se mettre au travail, mais avant qu'il ait pu verrouiller la salle de conférence d'où -2, -11 et moi-même transmettions, Roger avait déjà filé par la porte. En un instant, je l'ai suivi et ai failli me faire écraser par la cloison qui s'était mise en place avec un claquement. Je voulais juste l'arrêter, je crois, et voilà que j'étais sorti de la salle sécurisée aussi. Mais il était déjà hors de vue.

Idiot suprême… Ils ne pouvaient pas me voir, ne pouvaient pas m'entendre, ne pouvaient pas savoir que je voulais revenir, à quel point je voulais respirer le gaz rouge qui remplissait sans doute déjà la pièce de l'autre côté. Un seul instant, un mauvais choix, et mon destin était scellé. Et maintenant que je sais ce qu'ils ont en stock…

Qu'est-ce qu'il me restait à faire ? J'ai couru au Bureau d'Aide.

 <rire sec et soudain>

Ça m'a bien aidé, hein ? Voilà où ça m'a conduite, mon dernier acte.

J'aime la Fondation comme j'aurais aimé une fille. Je fais ça pour la sécurité et la protection de l'humanité. C'est pourquoi je vous en supplie, cette… gnose… ne doit pas être effacée, oubliée. Ce n'est pas du confinement, c'est de la folie.

Ramenez-nous. Faites-nous sortir.

 <sanglot>

J'ai tellement peur… C'est quoi, mon problème ? Je…

 <la porte est forcée> <trois sources distinctes de tirs d'armes automatiques>

R.À.S. !

R.À.S. !

R.À.S. Oh, putain de métier… Emballez-moi vite cet Oscar, Sergent. Plus qu'un.

 <l'alarme de brèche du site retentit>

C'est quoi, ça ? Spécialiste, au rapport.

Rapport d'une brèche Keter dans le secteur AR-II, Monsieur.

Oh, putain de Dieu… Deux Oscars passés à l'ennemi et maintenant on a le Vieux en liberté ? C'est une vraie pluie de merde, monsieur.

Limitez le bavardage, Sergent.

Attendez, Monsieur. Négatif. Un-zéro-six ne s'est pas échappé, monsieur. D'autres infos arrivent — répétez, répétez — c'est l'inverse. L'autre Oscar, il est… entré, Monsieur. Il est entré.

Conneries !

Ils ont confirmation visuelle, Monsieur. D'après les procédures, on le considère…

Mort au combat, Spécialiste, je sais. On termine ici, alors.

Monsieur, cet Oscar utilisait du matériel enregistreur. Ça continue de tourner.

Nom de… coupez tout, Sergent. COUPEZ TOUT MAINTENANT ! Spécialiste, allez chercher une équipe pour les risques audio, et au pas de cour…

[FIN DE L'ENREGISTREMENT.]


Ρογέρ, έχετε καταβληθεί τιμή, σοι μετατίθεημι στον παράδεισο.

révision de page: 7, édité la dernière fois: 13 Dec 2016 15:16
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